KONEWSMAG : Bonjour Kamel, comment ça va après ton combat face au redoutable thaïlandais Bowy qui a eu lieu il y a 5 jours ?
KAMEL JEMEL : Très bien, un gros match qui m'a donné entière satisfaction parce que j'avais en face de moi un adversaire de très grande valeur. Le combat c'est déroulé comme on l'avait souhaité contre un adversaire qui avance beaucoup, j'ai bien géré sa puissance, les déplacements et les remises. Je suis très satisfait, si ce n'est un petit peu sur la décision, je pense qu'à la fin je méritais un point d'avance...
KNM : Le combat c'est terminé par un match nul ?
K.J. : Oui un match nul. C'est vrai que sur la grandeur du combat, cela méritait un nul. On a été tout les deux valeureux sur cette rencontre. Mais si on prend le compte de nouveau en Thaïlande, sur la fin j'accélère bien et je pense remporter le dernier round et c'est ce qui fait la différence...
KNM : Bowy c'est quand même un sacré client, faire un match nul contre lui c'est déjà une grande performance, non ?
K.M. : Oui c'est un sacré client. Ca été un pur plaisir et du bonheur, c'est dur de dire cela parce que c'est vrai que Bowy c'est un véritable rouleau compresseur, un petit taureau, un roc. Quand tu le boxe tu as l'impression de ne pas lui faire mal car il est très hermétique, il a un cou très rentré et il avance tout le temps. On ne c'est pas fait de cadeau mais il y a eu un vrai plaisir dans le respect que l'on a pu s'échanger à travers cette rencontre. A chaque échange de fin de round il y avait une accolade, une embrassade...
KNM : C'est un grand respect mutuel qui c'est créé entre vous durant ce combat ?
K.J. : Oui beaucoup de respect mais c'est la marque des grands. Arrivé à un moment quand tu boxe contre un mec et que tu sais qu'en face ça répond et que c'est dur aussi, cela force le respect, c'est ce qui c'est passé durant ce combat
KNM : On va revenir un peu à tes débuts dans la boxe, tu as grandi dans quel coin de France ?
K.J. : J'ai grandi dans la ville de Rosny-Sous-Bois dans le 93, pas loin de Paris
KNM : Tu as commencé la boxe vers quel âge ?
K.J. : J'ai démarré la boxe vers l'âge de 12-13 ans. Et je me rappel toujours c'est un peu un concours de circonstance qui m'a amené à la boxe. Je ne connaissais pas la boxe c'est un éducateur de quartier Rachid Bakouch qui a vu que l'on s'ennuyait dans la cité, que l'on faisait rien de nos journée alors il nous a donc imposé une activité « Boxe Thai ». Des que je suis rentré dans cette salle de boxe, ça a été une révélation pour moi. Et voila depuis 23 ans en arrière cela n'a été que du bonheur...
KNM : C'est donc ton premier club à Rosny-Sous-Bois ?
K.J. : Oui j'ai toujours été fidèle à mon club. Bon après j'ai eu des changements d'entraineurs. Aujourd'hui je suis avec Abdel Bedour et Rachid Benmiloud qui m'accompagnent tout le temps à travers mes combats. La ville de Rosny a toujours été présente, le Maire, Claude Pernès, Claude Capillon, RTV, tout ces gens sont pour beaucoup dans la réussite de ma carrière. C'est une alchimie avec toutes ces personnes associés qui a fait que ma carrière en est là aujourd'hui...
KNM : Quel a été le premier titre important que tu as gagné ?
K.J. : Je suis passé par toutes les étapes, j'ai grillé aucune étape, championnat d'Ile de France, championnat de France, championnat d'Europe et jusqu'aux titre Mondial. Mais pour moi le plus important que ce soit le premier titre de Champion d'Ile de France à celui de champion du Monde ou ce combat contre Bowy, ils ont chacun une importance. C'est comme un grand puzzle, sans la première pièce tu ne peux pas le finir. L'histoire a bien commencé, j'arrive à 35 ans et je pense que samedi dernier j'ai démontré que j'étais encore présent !
KNM : Est-ce que tu as une bonne hygiène de vie car c'est vrai qu'à 35 ans c'est plus dur qu'à 20 ans de rester au Top dans la boxe ?
K.J. : Oui je suis quelqu'un de très sérieux, régulier. Je fais deux entrainements quotidiens à raison de cinq jours par semaine. Pour moi c'est une obligation d'être toujours au top du top pour donner un beau spectacle et arriver au poids. C'est sûr qu'après une carrière de plus de 20 ans tu peux te lasser, en avoir un peu marre mais si je continu c'est que j'ai encore cette envie d'aller à l'entrainement. Donc cela m'oblige à être rigoureux à l'entrainement, de faire attention à mon alimentation, de bien récupérer, de ne pas sortir le soir. Je mets un point d'honneur à calculer et respecter tous ces paramètres. C'est le conseille que je peux donner à tous les jeunes. Je pense sans prétention avoir faire une carrière bien remplie et donner une petite leçon de vie...
KNM : Justement quels conseils important donnerais tu à un jeune qui entame une carrière de boxeur ?
K.J.. : D'être toujours sérieux à l'entrainement, de manger correctement, de ce remettre en question et de ne pas se laisser aller. Certains qui gagne cinq ou six combats ensuite se laisse aller, ils croient qu'ils vont « tout casser », non cela ne marche pas comme ça. Le chemin est long, rempli d'embuche et si tu veux être le meilleur, il faut rencontrer les meilleurs. Le plus dur c'est l'entrainement et moi j'ai été à la meilleure école et je peux remercier tous mes entraineurs et surtout un, Abdel Bedour qui me remet toujours en question. Quand je rentre dans sa salle ont est une quarantaine d'élèves, et je suis pareil que les autres. Il y en a qui ont commencé il y a un an et je suis à la même échelle qu'eux, je m'entraine comme eux, je respecte les paramètres d'entrainements et c'est ça la réussite d'une carrière...
KNM : C'est ce que l'on appelle un boxeur « Humble », c'est un peu ce que tu es ?
K.J. : C'est dans ma personnalité, j'aime bien rester à ma place. « Peter plus haut que mon C... » moi cela ne m'intéresse pas, j'ai toujours appris à respecter mon adversaire. A chaque fois que je fais un combat, j'ai une prière avant le combat, elle est pour moi et elle est aussi avant pour mon adversaire. Je souhaite qu'une chose c'est que Dieu nous protèges tout les deux et que l'on sort du combat tout les deux en bonnes santés. Parce que pour moi la boxe c'est l'un des sports les plus beaux, les plus nobles comme on dit « le noble Art », on se fait très, très mal sur les combats mais on se respecte beaucoup. Contrairement à d'autres sports, je ne vais pas les citer tous mais par exemple le football ou les valeurs de respect on un peu disparus...
KNM : En boxe Thai, ce respect entre les adversaires est important pour toi ?
K.J. : Oui chez nous en boxe thaï, comme tu le vois les thaïlandais sont très respectueux. Ils veulent gagner c'est sûr mais ils n'en veulent pas à ta personne, ni à ton intégrité, c'est du sport...
KNM : Il n'y a pas d'animosité entre les boxeurs ?
K.J. : Non jamais, justement c'est quand il y a de l'animosité que le combat est moins beau. Comme le combat que j'ai fais contre Bowy, à la fin de chaque round, et c'est instinctif, on s'embrasse. Et cela ne nous empêche pas au 2ème round de repartir à la guerre dans le bon sens du terme. Jusqu'à la fin on a fini à genoux et on c'est salué à genoux, c'est trop beau, et on ne peut voir ça que dans la boxe...
KNM : Combien tu as de combat jusqu'à aujourd'hui ?
K.J. : J'ai 131 combats, 121 victoires, 9 défaites et 1 match nul
KNM : C'est ton premier match nul contre Bowy ?
K.J. : Oui c'est le premier !
KNM : Tu as gagné beaucoup de combat par KO ?
K.J. : Oui 97 combats avant la limite !
KNM : C'est énorme 97 KO, tu as fais aussi des combats durs ?
K.J. : J'ai fais beaucoup de combat dur mais cela n'a jamais été des combats dur dans mon intégrité physique. J'ai rencontré des adversaires très durs mais si cela a été dur pour moi ce qui est sûr c'est que cela a été dur aussi pour eux à chaque fois. Mes adversaires ils s'en rappellent aussi car quand ils me voient, il y a beaucoup de respect entre nous. Des gars comme Attachai, Somrack, Anuwat, Bowy et d'autres que j'oublie, ce sont des bons souvenirs pour eux aussi donc ça été dur pour eux aussi. Aujourd'hui j'arrive à l'âge de 35 ans, je n'ai pas envie de lutter contre le temps mais je me retrouve à 35 ans intact parce que c'est vrai j'ai gagné beaucoup de combats avant la limite. Donc le temps passé sur le ring je n'ai pas vraiment souffert...
KNM : Quel est ton meilleur souvenir de combat jusqu'à maintenant ?
K.J. : Mon premier combat tout simplement. Après tout les autres c'est différents mais ce qui reste mon meilleur souvenir, le plus intense c'est mes premiers combats parce que c'est ça qui a été le déclencheur de toute la suite. Mais je dirais que les combats contre les thaïs sont tous des bons souvenirs, les vrais combats c'est contre les thaïs. J'ai des gros souvenirs face à eux, j'en ai rencontré une soixantaine et c'est un privilège de les rencontrer !
KNM : Comment c'est passé ton premier combat ?
K.J. : Pour mon premier combat j'ai rencontré un gars qui faisait deux tête de plus que moi et au moins six kilos de plus que moi. J'ai gagné avec mes tripes, il y avait autour toute ma cité, tous mes potes. Et ça reste mon plus beau souvenir parce que ça été le déclencheur de la motivation qui m'a permis de gravir cette colline jusqu'à aujourd'hui...
KNM : Quel a été ton combat le plus dur ?
K.J. : Mon premier combat contre Attachai à Las Vegas. Ce combat a été dur à tous les niveaux, physiquement, psychologiquement. Attachai était jeune, tout frais champion du Lumpinee, c'était la grande star de l'époque. Moi je l'affronte avec le peu d'arme que j'avais en ma possession, de tenir face à lui. Et c'est le seul qui m'a fait rompre physiquement et mentalement. C'est l'un de mes combats les plus durs. Aujourd'hui c'est un super pote, après le gala de Levallois, dimanche on a mangé ensemble un couscous à la maison avec Narupol je leur est fais découvrir la gastronomie Tunisienne. On a mangé un couscous tunisien et ils se sont régalés. Comme quoi les sports de combats très, très durs comme le notre cela créé des liens que tu ne peux pas retrouver dans d'autres sports, comme je le disais plus haut...
KNM : En quelle année tu es parti en Thaïlande ?
K.J. : En 1991, j'étais parti à la vraie école thaï, je dormais dans les camps, je m'entrainais avec eux, j'avais le rythme thaï. J'ai fais ça pendant plus d'un an...
KNM : C'était dans quel camp ?
K.J. : C'était au camp Sit Or, un petit camp qui était à Pattaya juste à côté du camp Sityothong. A l'époque en 1991 il n'y avait pas d'étranger qui s'entrainait dans les camps thaïlandais. Ce n'était pas comme aujourd'hui avec les camps à touristes, à business. C'était des camps à l'ancienne. Et j'ai vécu une vraie expérience et cette expérience m'a permis de renforcer encore plus mon amour pour le pied et poing...
KNM : Tu as perfectionné tes bases du Muay Thai, là-bas ?
K.J. : Oui j'avais des bons entraineurs. C'est sûr qu'il y a plein de petite technique, de petit coup de vice que tu ne peux pas apprendre en France. Des techniques gestuelles que tu peux apprendre que chez eux, parce que cela reste leurs sports, ce sont les instigateurs de ce sport. C'est comme les brésiliens pour le football, les thaïs c'est la boxe thaï !
KNM : Tu as combattu dans un grand stadium de Bangkok ?
K.J. : J'ai boxé dans différents stadium, un peu dans tous sauf au Lumpinee. J'ai boxé cinq fois à l'anniversaire du Roi !
KNM : Combien tu as fais de combat en Thaïlande ?
K.J. : J'ai fais une vingtaine de combat là-bas
KNM : Tu as aussi combattu beaucoup à l'étranger ?
K.J. : Oui grâce à Canal Plus et à Sami Kebchi j'ai boxé à travers le monde entier. Aux Etats-Unis, dans tous les coins de l'Europe, à Abu Dhabi, au Japon, en Afrique, à la Réunion, en Thaïlande...
KNM : Qu'est ce qui fait encore marcher Kamel Jemel aujourd'hui ?
K.J. : Je suis toujours motivé. J'aime par exemple ce qui c'est passé au gala samedi, le privilège avec le public. On a besoin de cette reconnaissance aussi. Et faire encore des performances, comme par exemple des combats contre Bowy, cela me fait avancer
KNM : Tu aimerais faire encore des combats comme celui face à Bowy ?
K.J. : Oui je suis partant pour ça. En bas du ring je suis ouvert, gentil avec tout le monde mais dès que je monte sur le ring, je me transforme, je suis comme « une hyène », j'ai besoin de ça. Je suis prêt à boxer n'importe qui, je n'ai jamais reculé devant aucun adversaire, à poids égal dans les vrais règles du Muay Thai, je suis prêt à prendre n'importe quel adversaire !
KNM : Est-ce que tu as des combats de prévus pour bientôt ?
K.J. : Mon prochain combat est prévu en Tunisie, sur ma terre natale, le 28 juillet. Je rencontre un serbe pour un titre mondial de boxe thaï Wako. Cela va être pour moi un grand moment dans ma carrière parce que je n'ai jamais boxé chez moi, en Tunisie. Et je suis très heureux de faire ce combat grâce à Imed Mathlouthi et tous les officiels tunisiens qui me soutiennent là-bas...
KNM : Merci pour cette interview et CHOOKDEE pour ton combat en Tunisie
K.J. : Merci beaucoup
Kamel Jemel fait parti de ces grands champions français qui ont rencontré les meilleurs boxeurs de la planète, c'est un très grand champion, humble et généreux. Il a gagné face à des ténors de la catégorie comme Ramba, Pinlimit, Ali Oubaali, Ponsak, Jamel Yacouben, Ziani, Johnny Catherine, Wannai Pongpilla, Ploedean. Et il a affronté des champions redoutable tel que Khaled Hébieb, Attachai, Somrack, Issornassak, Ait Bassou, Samir Mohamed, Kongpipop, Anuwat, Bowy. Sa grande force est sa détermination et surtout son incroyable punch, ce n'est pas pour rien que l'on le surnomme « Mister Dynamite » !
KAMEL JEMEL
Taille : 1m68
Poids : 57/59 Kg et 62/63 kg
Nombre de combat : 131. 121 victoires. 9 défaites. 1 nul. 97 KO !
Titre : Champion du Monde de Boxe Thai (2002,2003). Champion d'Europe de Boxe Thai (2000, 2001). 7 fois Champion de France de boxe Thai. Vainqueur du Tournoi TKR (2004)